Anne de Bourbon-Siciles, la princesse et le patron
Quoi de plus normal ? Le bureau de Son Altesse Royale la princesse Anne de Bourbon se trouve rue Royale, à Paris, où elle gère les relations publiques de Pierre Cardin. À temps plein, de bon cœur, et sous l’aile protectrice d’un petit ange de cristal, cadeau de sa mère, la duchesse de Castro.
Propos recueillis par Charles Danna
People & Gotha : Vous regrettez le temps où les princesses se pavanaient dans un palais ?
Anne de Bourbon : Pas vraiment. Plus on reçoit dans la vie, plus il faut partager.
People & Gotha : Vous avez donc toujours voulu travailler…
Anne de Bourbon : Oui, pour trois raisons : mon indépendance financière, pour avoir un but le matin quand je me lève, et pour la découverte intellectuelle, sociale.
People & Gotha : Vous auriez aimé travailler pour un prince charmant ?
Anne de Bourbon : Pourquoi pas ? Mais certainement pas pour ses beaux yeux ! J’ai trop besoin de me sentir utile.
People & Gotha : Enfant, vous vouliez faire quoi dans la vie ?
Anne de Bourbon : Exploratrice, ou bien m’occuper d’une agence de voyages. Journaliste aussi.
People & Gotha : Quel a été finalement votre premier job ?
Anne de Bourbon : J’ai commencé en 1976, avec cette Conférence nord-sud dont je m’étais occupée. Après la naissance de mes enfants, Nicolas et Dorothée, j’ai fait plein de petits boulots, j’ai aussi aidé mon ex-mari, le baron Cochin, à organiser ses expositions de photos. Mais mon véritable premier job, ça a été le journalisme, pour le magazine l’Eventail. C’était très amusant.
People & Gotha : Votre nom vous a-t-il aidée dans votre carrière ?
Anne de Bourbon : Au début, sûrement. Mais un nom comme le mien n’empêche pas non plus d’être licencié.
People & Gotha : Vous avez aussi travaillé pour Versace, n’est-ce pas ?
Anne de Bourbon : J’ai organisé pendant 3 ans ses défilés haute couture à Paris. C’était un homme fascinant qui ne reculait devant aucun sacrifice pour obtenir ce qu’il voulait. Avec lui, j’ai appris que tout le monde était achetable. Ensuite, il y a eu Balenciaga, pendant 7 ans. Et maintenant Pierre Cardin.
People & Gotha : Pas trop dur pour une princesse d’évoluer dans le monde du travail ?
Anne de Bourbon : J’ai reçu une éducation campagnarde qui m’a toujours aidée à garder les pieds sur terre. En fait, je suis à l’opposé de l’image clinquante de la jet-set. Je n’aime que les vraies valeurs, sans pour autant dédaigner le côté artificiel de la vie. En d’autres termes, j’aime aussi m’amuser.
People & Gotha : Qu’est-ce qui vous choque le plus dans le monde du travail ?
Anne de Bourbon : Les guerres intestines entre salariés. Certains ne pensent qu’à eux, et moins à leur patron.
People & Gotha : Cela signifie-t-il que vous vous dépensez corps et âme pour Pierre Cardin…
Anne de Bourbon : Pierre Cardin est un grand homme que j’admire, parti de rien pour créer un véritable empire. J’avais très envie de travailler pour lui. C’est pour ça que je lui ai adressé ma candidature spontanée. Et ça a marché ! Il m’a demandé au départ de m’occuper de son musée à Saint-Ouen, puis des relations extérieures pour l’ensemble de ses activités.
People & Gotha : Le duo patron-princesse fonctionne donc bien…
Anne de Bourbon : Cardin n’est pas quelqu’un de grisé. Moi non plus. Au-delà du chef d’entreprise, c’est surtout un artiste, accessible, présent, attentif à ses collaborateurs. De plus, il se comporte avec moi davantage en homme du monde qu’en patron.
People & Gotha : Croyez-vous qu’il vous a recruté pour votre titre ?
Anne de Bourbon : Peut-être. Mais le plus important, c’est que nous riions ensemble, que nous partageons le même désir de rendre la vie plus belle.
People & Gotha : On peut aussi vous voir tous les mardis dans la soirée à la Résidence Maxim’s…
Anne de Bourbon : J’ai voulu prendre en main ce lieu sublime pour mieux le faire connaître. D’où ces rencontres du mardi, qui sont tout sauf mondaines. J’ai souhaité un mélange de générations, de milieux, pour mettre en relation certaines personnes du monde des affaires, de la culture etc... Il y a eu des deals grâce à mes mardis. J’en suis très fière.
People & Gotha : Cardin ne vous impose donc rien ?
Anne de Bourbon : Il y a des contraintes comme dans n’importe quelle entreprise. Mais il me permet de rester moi-même. Je continue à m’habiller comme je l’entends, avec la chance inouïe de porter parfois un de ses sublimes smokings, noir ou blanc, et aussi ses robes du soir. Cela dit, je n’oublie jamais que je suis là pour travailler, pour gagner ma vie, pour servir Cardin, et c’est tout.
People & Gotha : Vos enfants, votre famille, vous approuvent-ils ?
Anne de Bourbon : Dans mon milieu, tout le monde travaille. Il était temps ! Et en ce qui me concerne, j’ai bien l’intention de continuer. Et qu’on se le dise bien, ce n’est pas parce que je suis princesse que je pique le boulot des autres !









