Interview - Portrait

Olivier Dassault

People & Gotha : 
Olivier Dassault, vous êtes le petit-fils de Marcel Dassault, quelle influence votre grand-père a-t-il eu sur vous ? A-t-il été un modèle ? Vous a-t-il conseillé dans votre carrière professionnelle ?

Olivier Dassault : L'exemple de mon grand-père me guide chaque jour. Nos conversations, dans tous les domaines de la vie, qu'il s'agisse de la création, de l'action, de la vie privée ou professionnelle, sont, encore aujourd'hui, mes repères.

Je suis surtout fidèle à l'esprit qu'il nous a légué et qui consiste, comme le montre bien l'exemple du parcours de mon père, à faire de ce que nous avons reçu un socle pour se dépasser, se construire, et aller toujours plus loin.

People & Gotha : 
Dans votre carrière, vous touchez à tout : politique, presse, aviation. Y a-t-il pour vous un fil conducteur entre ces trois domaines ?

Olivier Dassault : Bien entendu, il y a un fil conducteur. Certains, en parlant de moi, disent la passion, l'éclectisme, l'universalité, la curiosité, et bien d'autres termes encore. Je préfère parler d'efficacité.

Une efficacité qui n'est possible que parce que ces activités se rejoignent, créent entre-elles des synergies qui leur permettent de se renforcer mutuellement, avec, comme objectif, le service de l'intérêt général.

People & Gotha : 
Vous êtes éditorialiste, vous avez-vous même votre propre magazine sur une passion qui vous tient à cœur, la chasse, quel est votre part d’implication, personnelle ou professionnelle, dans ce magazine ? Choisissez-vous les sujets ? Les photographes ? Supervisez-vous la créa ?

Olivier Dassault : Jours de Chasse, dont le titre fait un clin d'oeil a travers les années à Jours de France, était une idée très personnelle. Grâce à une petite équipe passionnée et talentueuse, issue de Valeurs actuelles, je lui ai donné vie. En effet, je m'y implique beaucoup, tant pour les sujets que pour les photos.

Nous sommes très perfectionnistes en la matière. Je suis heureux du succès de ce magazine qui fait la promotion de la chasse, activité naturelle et régulatrice, porteuse de traditions et de savoir-faire ancestraux. Que serions nous si nous perdions le contact étroit avec nos racines et avec la nature ?

People & Gotha : 
Parlons politique, pouvez-vous nous parlez plus en détails du groupe d’étude parlementaire « génération entreprise » que vous avez créé. Quels sont les enjeux ? En quoi consiste-t-il ?

Olivier Dassault : Trop d'idées reçues ou de malentendus demeurent entre le monde de l'entreprise et la sphère politique. Lorsque nous avons créé le groupe d'étude Génération entreprise, en 2002, avec mon collègue et ami Jean-Michel Fourgous, député des Yvelines et maire d'Ellancourt, nous avons souhaité rassembler les députés issus du monde de l'entreprise (chefs d'entreprises, cadres, salariés, professions libérales...) pour promouvoir son message au parlement. Nous sommes près de cent-vingt députés, aujourd'hui. Par nos propositions, en amont de l'élaboration des projets de loi et lors de la discussion des textes dans l'hémicycle, nous avons déjà contribué à rétablir la compréhension réciproque entre les pouvoirs publics et les entreprises.

Au-delà des nombreuses mesures concrètes et techniques que nous avons fait adopter, je souhaite beaucoup insister sur notre rôle de pédagogue et sur nos succès en la matière.

People & Gotha : 
Co-recordman du monde de vitesse sur Falcon, est-ce un défi que vous vous étiez lancé ? Etait-ce par goût du risque et de dépassement de soi ? Quel serait aujourd’hui votre prochain défi ?

Olivier Dassault : J’ai sans doute moins le goût de la vitesse ou du risque que celui de l’efficacité. La vitesse est un moyen, pas une fin. La rapidité, dans la décision ou dans l’exécution, comme dans le geste en art, le swing au golf, ou dans le tir à la chasse, repose sur le savoir-faire et sur l'expérience.

Tout cela ne s’acquiert que par le travail, la pratique. En étant rapide, on peut faire plus, et c'est finalement une des formes de liberté.

Mon prochain défi, outre de réussir les qualifications pour piloter notre dernier né, le Falcon 7X, sera de réaliser une chose que n'ont pas encore faite ni mon grand-père, ni mon père, ni mes frères. Vous serez étonné...

People & Gotha : 
Dans un ordre général, quels seront les prochaines améliorations sur Falcon ?

Olivier Dassault : Savoir-faire et innovation sont les deux clefs de la réussite mondiale de nos avions, que nous améliorons sans cesse.

Toute la gamme Falcon en bénéficie. C'est le cas du poste de pilotage « EASY », qui équipera prochainement tous nos modèles, mais aussi des améliorations apportées à la voilure avec les wingletts, comme nous l'avons présenté avec la nouvelle version du Falcon 2000 LX lors du dernier salon du Bourget.

Ce ne sont pas des détails, car cela permet à nos avions de demeurer les plus performants, les plus sûrs, et les plus confortables, non seulement pour les passagers mais aussi pour les pilotes et les équipages.

Sans parler des commandes électriques que nous sommes les premiers au monde à avoir installées sur nos avions d'affaires.

People & Gotha : 
Olivier Dassault, quel est votre meilleur souvenir de jeunesse ?

Olivier Dassault : Le meilleur, je ne saurais dire car je ne pourrais choisir. J'ai eu une jeunesse assez heureuse... Mais indubitablement, le souvenir le plus fort que je garde reste le 30 mai 1968, et la grande manifestation gaulliste. Mon père avait tenu à m'emmener avec lui. Il était venu me chercher à la maison, vers cinq heures de l'après-midi, pour que je l'y accompagne.

Après des semaines de grèves, de conflits sociaux et de manifestations estudiantines, après des semaines de craintes et d'incompréhension, la France reprenait espoir et les Français reprenaient courage.

Le Général de Gaulle, dans une allocution radiotélévisée restée célèbre, venait de parler de « Chienlit » puis venait d'annoncer la dissolution de l’Assemblée nationale et l’ajournement du référendum.

Je revois cette foule, nombreuse, variée, panachée de tricolore et de croix de Lorraine, sur les Champs-Elysées. Je voyais devant moi s'incarner ce rassemblement gaulliste dans sa richesse et sa dimension humaine, à mille lieues des groupuscules ou des cénacles. « Le gaullisme, c'est le métro aux heures de pointe », disait Malraux. Nous y étions ! Nous étions autant, sinon plus nombreux que lors de la manifestation contestataire du 13 mai. L'ambiance était électrique et joyeuse.

En tête, remontant depuis les chevaux de Marly jusqu'à la flamme du Soldat inconnu, je voyais les belles et hautes figures des compagnons du Général, mes modèles politiques d'alors.

Il y avait André Malraux. De front, bras dessus, bras dessous, se tenaient de nombreux ministres: Michel Debré, Louis Joxe, Maurice Schumann. Je me souviens aussi de Missoffe, de Billotte, de Michelet, de Duvillard, de Bettancourt. Raymond Marcellin et Yvon Bourges aussi.

Autour de nous, dans le cortège, je reconnaissais Robert Poujade, Alexandre Sanguinetti, Alain Peyrefitte, Jacques Chaban-Delmas. Et puis, soudain, j'aperçus François Mauriac. Imaginez mon émotion.

Aujourd'hui, mon père et moi sommes tous deux parlementaires, comme l'a été mon grand-père avant nous. Lui sénateur de l'Essonne, moi député de l'Oise. Je repense souvent à ce 30 mai 1968, date à laquelle mon père, en m'entrainant avec lui, a éveillé ma conscience politique, a enraciné mes convictions, et a fait naître mon engagement.

People & Gotha : 
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes d’aujourd’hui qui veulent, à votre image, mener de front carrière politique et carrière professionnelle ?

Olivier Dassault : Foncez ! L'engagement politique va de pair avec l'implication dans le monde professionnel, y compris la création d'entreprise. Le travail et la ténacité paient toujours. Il ne faut jamais se décourager, mais toujours s'accrocher à son rêve. Et croire en sa bonne étoile, bien sûr. Si l'on croit en soi, l'impossible est à portée de main.

People & Gotha : 
La photo, la musique, la chasse, le pilotage, d’où vous viennent toutes ces grandes passions ? Comment vous y investissez vous ?

Olivier Dassault : Les origines de mes engagements sont multiples. Certaines de mes passions me viennent de famille, d'autres sont le fruit de rencontres ou même de ma curiosité et de mon souhait de découvrir des domaines que je ne connais pas.

Dans ce dernier cas, j'ai d'ailleurs immédiatement envie d'apprendre et de comprendre pour tenter d'y exceller. Le secret, c'est de consacrer à chaque activité le temps nécessaire et de faire en sorte que chaque domaine communique de l'énergie aux autres.

C’est ainsi que je peux me consacrer aux missions que l’on me confie, au sein de notre groupe industriel et au Parlement, ou celles que je m’assigne, notamment au service des habitants de ma circonscription, pour lesquels je veux être le maillon d’une chaîne, mais aussi que je laisse libre court à mes passions pour la photo ou la composition. Ce sont des respirations nécessaires. Contrairement à ce que l’on pense, le temps est une variable que l’on peut ajuster.

People & Gotha : 
Au vu de tous vos succès, on a l’impression que vous avez vécu plusieurs vies en une seule ? vivez-vous constamment à la vitesse de votre Falcon ?

Olivier Dassault : Je n'ai pas vécu, je vis! Je vis pleinement, intensément et passionnément. Vous souvenez-vous de ce que disait Antoine de Saint-Exupéry ?

« Faites de votre vie un rêve pour que votre rêve ne dévore pas votre vie ».

People & Gotha : 
Etre l’héritier d’une dynastie aujourd’hui, quels sont selon vous les devoirs les plus importants que cela implique ?

Olivier Dassault : Innover et transmettre.

People & Gotha : 
« Saisissons notre chance » « Marcher ensemble » (article paru dans Valeurs actuelles) pouvez-vous développer un peu plus en détails vos « slogans » ?

Olivier Dassault : Ce ne sont pas des « slogans », plutôt une certaine vision des choses. Comme je vous le disais, rien n'est impossible à celui qui ose, et tout est permis si l'on s'inscrit dans une logique de démultiplication des forces. Par ces formules que vous avez relevés dans mes éditoriaux de valeurs actuelles ou dans mon dernier essai politique, « La France en majuscules » (Plon, 2007), je souhaite redonner espoir et courage aux Français, pour rendre à notre pays la place qui devrait être la sienne: la première. Il est grand temps de briser la spirale du défaitisme et de décourager les chantres du déclin.

People & Gotha : 
Olivier Dassault, à quoi rêvez-vous ?

Olivier Dassault : Je rêve de rendre possibles les rêves des autres.

People & Gotha : 
Que pensez-vous de cette hémorragie des jeunes talents qui quittent la France pour travailler ou terminer leurs études à l’étranger ?

Olivier Dassault : Désormais, ce ne sont plus seulement ceux qui ont réussi qui quittent la France. Ce sont, hélas, celles et ceux qui veulent réussir qui s'expatrient. Je le regrette. Mais, regretter ne suffit pas. C'est la raison pour laquelle je participe si activement à la définition de la politique d'attractivité de notre territoire. Depuis 2002, date de la remise de mon rapport au Premier ministre sur ce sujet, nous avons permis, avec l'Agence française pour les investissements internationaux à laquelle je participe, de consolider et de créer 40.000 emplois en France, directement liés à des investissements internationaux. Concrètement, c'est cela l'attractivité : séduire et retenir les talents et les énergies, au service de notre rayonnement international.

People & Gotha : 
Quels conseils pouvez-vous donner à nos lecteurs, « les leaders de demain » ?

Olivier Dassault : Hâtez vous d'entreprendre, pour créer et partager.

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