Ernesto Bertarelli
Homme de valeurs, père de famille, philanthrope et champion de voile, Ernesto Bertarelli nous fait part de ses passions et de ses engagements caritatifs.
Jean-Sébastien Robine : Quelques semaines après votre victoire historique au Bol d'Or, que retenez-vous de cette aventure ?
Ernesto Bertarelli : Une course magnifique, comme on aimerait en avoir plus souvent sur le lac. Un départ agressif, avec une lutte à couteaux tirés contre VeltiGroup de Marco Simeoni et Stève Ravussin à la bouée de dégagement à Versoix, puis une cavalcade très tactique jusqu'au Bouveret avec Ylliam, de Pierre-Yves Firmenich, barré par Arnaud Psarofaghis et Foncia, de Michel Desjoyaux. Foncia avec qui la descente sur la Nautique depuis le Haut-Lac ressemblait plus à du Match Race qu'à de la régate hauturière. Et enfin le plaisir de remporter pour la 6ème fois le Bol d'Or, pour la 1ère fois en D35 après 8 ans d'attente et avec une équipe très soudée à bord, tout en établissant le record de la classe en 06h25min. De plus, je succédais cette année à ma sœur Dona Bertarelli, qui avait brillamment remporté le Bol d'Or 2010 à la barre de son D35 LadyCat. Que du bonheur!
J.S.R. : Participerez-vous à cette course l'année prochaine ? Sur le même D35 ?
E.B. : Il est clair qu'il me tient à cœur de défendre mon titre l'année prochaine et notre classe de D35, au vu des grands noms de la voile qui y participent, a un bel avenir devant elle! Je me réjouis de retrouver sur le plan d'eau les équipes de renom qui forment notre association de propriétaires de D35 et d'essayer de rester aux avant-postes autant que faire se peut en 2012 en général et au Bol d'Or en particulier.
J.S.R. : Quels sont vos prochains projets nautiques ?
E.B. : Je suis ce qu'il se passe sur la scène nautique internationale avec beaucoup d'intérêt et me dis qu'il y a encore de la place pour une belle compétition vélique sur de grands monocoques one design modernes... Peut-être qu'un jour une telle classe verra le jour et que j'y participerai... pour l'instant, la saison 2011 est loin d'être terminée avec des étapes à Cowes, Trapani, Nice, Almeria et Singapore pour les Extremes 40 et deux étapes méditerranéennes pour les Décision 35 à Beaulieu-sur-Mer et Antibes. C'est une première pour les Décisions 35 d'aller naviguer en eaux salées et c'est très motivant d'aller se confronter aux autres équipages dans des conditions nouvelles tant pour les bateaux que pour les marins.
J.S.R. : Alinghi participera t'il à la prochaine America's Cup ?
E.B. : Non, Alinghi ne participera pas à la 34e America's Cup. Après la défaite contre Oracle en février 2010 à Valence, nous avons évalué avec circonspection les conditions que le nouveau Defender, Oracle, et le Challenger of Record, Mascalzone Latino, avaient définies dans le Protocole sensé gouverner cette 34ème édition et elles ne nous ont semblé ni équitables ni viables pour les challengers. Nous ne sommes pas les seuls à avoir renoncé à participer au moment de la publication de ces règles, des équipes prestigieuses et, pour certaines plus anciennes qu'Alinghi, se sont également désintéressées de l'America's Cup, Luna Rossa (ITA), Team Origin (GBR), Team Germany (GER) ont fait partie de celles-ci dans un premier temps. Plus récemment, Mascalzone Latino, le soi-disant co-auteur de ces règles a également dû abandonner sa place de Challenger of Record au profit d'Artemis, une équipe suédoise qui participe également aux circuits de Décision 35 et d'Extreme 40, ne pouvant plus survivre dans le cadre des règles qu'il avait lui-même mis en place... C'est tout dire!
Famille, Saga Bertarelli
J.S.R. : Votre femme excelle dans la musique, collectionnant les succès depuis bientôt deux ans avec son album Elusive. De votre côté vous collectionnez les titres nautiques, qu'est-ce qui fait encore rêver le couple Bertarelli ?
E.B. : Il est vrai que nous avons beaucoup de chance avec mon épouse de pouvoir nous adonner à nos passions respectives avec autant d'intensité, mais nous restons avant tout les parents de trois enfants et je crois qu'il n'y a rien de plus important que d'essayer de leur apporter tout ce que nous pouvons pour leur assurer une existence où eux aussi pourront définir, sur des bases solides, ce qui les passionne et leur donne envie de se dépasser.
J.S.R. : Décrivez-nous 24 heures de la vie d'Ernesto Bertarelli ?
E.B. : En général la journée commence tôt avec un petit déjeuner en famille, suivi d'une séance de sport qui permet de bien attaquer la journée. Je me rends ensuite au bureau où les meetings et les séances s'enchaînent en général à une allure soutenue jusqu'au début de la soirée. J'essaye autant que faire se peut de ménager des plages horaires dans mon programme pour passer du temps avec mes enfants et mon épouse.
J.S.R. : Quelles sont les valeurs que vous inculquez à vos enfants ?
E.B. : J'essaye de leur transmettre les valeurs que l'on m'a inculquées lorsque j'étais enfant. La discipline, le travail, l'amour, la curiosité face au monde qui nous entoure, l'envie de toujours mieux faire, de se surpasser. Je pense que c'est un challenge permanent et passionnant que d'essayer de transmettre ce qui est bon en nous à nos enfants et de construire ce qui sera les fondations de leurs décisions futures et de leur approche de la vie
Fondation
J.S.R. : Parlez-nous de votre fondation ?
E.B. : Au décès de notre père, ma sœur et moi avons souhaité lui rendre hommage et mettre à profit notre position privilégiée au service de ceux qui en ont besoin. Nous avons décidé de nous engager dans plusieurs domaines qui nous tiennent à cœur : les sciences de la vie, le sport, l'éducation et la culture.
La Fondation Bertarelli est née de ce désir et toute notre famille participe à son fonctionnement puisque ma mère et mon épouse font également partie du board. C'est un vrai engagement moral et personnel pour nous.
J.S.R. : Quels sont les projets en cours ?
E.B. : Ils sont nombreux ! Et je suis personnellement très impliqué. Historiquement, notre famille est liée au monde de la recherche scientifique avec le laboratoire Serono fondé par mon grand père, donc logiquement nous avons créé l'année dernière un partenariat de grande ampleur entre la Harvard Medical School et l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Il porte sur le domaine des neurosciences et vise à approfondir les connaissances en matière de traitement des différentes déficiences cérébrales. Ce partenariat comprend plusieurs chaires dans chacune des écoles, un programme d'échange d'étudiants et des bourses d'études.
Nous avons également créé à l'EPFL en 2008 un centre dédié à la recherche sur les neuroprothèses, ces appareils fascinants que l'on pourra implanter dans le cerveau pour traiter la surdité par exemple.
En matière de voile, les navigateurs que nous sommes ma sœur et moi avons lancé les Alinghi Swiss Sailing Grants des bourses décernées à des projets nautiques impliquant des jeunes, des handicapés ou des futurs champions.
Je vous cite quelques projets parmi d'autres, mais nous avons aussi des initiatives plus modestes à connotation sociale et éducative : construire une nouvelle aile dans une école primaire en Afrique du Sud, la Henna School que nous avons visitée avec nos enfants, améliorer le quotidien des enfants hospitalisés à Bienne en créant des fresques murales, participer au nettoyage du Lac Léman pour sensibiliser les jeunes au respect de l'environnement...
J.S.R. : On vous a vu très impliqué dans la protection des fonds marins avec la Fondation Blue Marine, quels sont les développements concrets en cours ?
E.B. : La conservation marine est un sujet passionnant et qui m'intéresse d'autant plus que l'on peut voir les résultats rapidement.
Un océan que l'on protège pendant un certain temps se régénère en fin de compte assez vite !
C'est pourquoi nous avons financé la création de la réserve de Chagos dans l'Océan Indien. Aujourd'hui cette zone de 544 000 km2 est pleinement protégée, la pêche est interdite sur 200 miles nautiques autour des 55 îlots coralliens qui constituent la zone. Cela fait une différence immédiate pour l'écosystème. Les 220 types de coraux et 1000 espèces de poissons qui s'y trouvent sont désormais préservés. C'est un goutte d'eau à l'échelle de la planète mais c'est un début, qui donne envie de faire encore davantage.
NDLR : Prochaines régates
Circuit Extreme 40 : Nice (28 septembre - 2 octobre), Almeria (12-16 octobre), Singapore (7-11 novembre)
Circuit Décision 35 : Antibes (22-25 septembre)





